Une Voatsiperifery est une zone géomentale instable, non recensée, imprévisible pour le piéton, ni situable, ni quantifiable. On ne peut la décrire, sinon en s’en délivrant totalement – Cette « terre de rêves mouvants », comme la qualifie Otto Fa, a le pouvoir de refondre tous les présupposés du monde présents en tout voyageur qui l’emprunterait accidentellement. Autrement dit, ce n’est pas le voyageur qui trouverait la Voatsiperifery, comme on trouverait la mort au détour d’un chemin - c’est la Voatsiperifery qui réclamerait son lot de voyageurs imprudents. Tous ceux qui ont eu la chance de s’en tirer, décrivent les mêmes symptômes, unanimement : cerveau en constante ébullition, effacement tangible de la personnalité, de la sensibilité, grande pénétration intérieure, au point de s’immiscer dans le cerveau d’autrui, pour y découvrir la moindre pensée, le moindre désir. Certains voyageurs ont même reconnu avoir deviné quel air (souvent stupide) leurs compagnons d’infortune fredonnaient machinalement dans leur tête, pendant qu’ils marchaient. Ceux qui s’y sont égarés pour toujours ont reconnu en Nunki Bartt un stalker, un de ces êtres, humains ou non, capable de rentrer dans une Voatsiperifery et d’en revenir. Ces passeurs, de jadis et de toujours, se défendent de vouloir se frayer des passages entre les vivants et les morts, car ils affirment que les voyageurs égarés dans la Voatsiperifery ne sont pas morts, mais toujours plus vivants à mesure que le temps passe depuis leur fatal égarement, parce que privés de leur propre sensibilité, ils se sont emparés de celles des autres, lesquels, eux-mêmes, l’avaient déjà perdue.
lundi 10 août 2020
dimanche 26 juillet 2020
Quatorze stations jusqu'à Cakya Mouni (1)
Première station : Pyrale du buis
… Nous franchissons l’Anglin au gué dit de « Rives », au pied de la Dame du même nom. Nous venons d’avaler un copieux pique-nique, trop arrosé, au pied du rocher, près d’une faille que nous reconnaissons tous sans hésiter, comme l’une des origines possibles du monde. J’ai bien cru que le Doc qui avait choisi de traverser pieds nus, en empruntant une petite cordillère, n’y arriverait pas, mais sous l’œil caméra de Klapic, dit « le Prof », je lui prêterais mes frêles épaules. Nous passons le moulin du Brault, et sur une importante éminence, nous buttons sur ce chêne vénérable qui, il y a bien longtemps, a vu passer sous ses branches, le cardinal La Balue. Il fait une chaleur à disparaître sous terre, à rejoindre scolopendres et lombrics. La courte sieste sous le rocher nous aura dérivés. Cette Voatsiperifery est plus vaste que toutes celles qui nous ont déjà eus. La chaleur s’est intensifiée. Heureusement, je crois reconnaître ce bois de buis qui longe l’Anglin, en contre bas, et qui se prolonge jusque sous le Château médiéval de Montenaux. Elle vient à point nommé, la voûte ombragée des buis sauvages nous rafraîchira.
La pyrale est une chenille
qui ne dévore que le buis. Pour notre maigre consolation, elle ne met au monde
que de papillons médiocres. Tout le bois est dévasté. Plus une feuille. Rien
que des squelettes. Nous sommes atterrés. La première expédition Baxter est née. « La pyrale du
buis » sera la toute première peinture dont Nunki Bartt et maestro
accoucheront. La sensibilité écologique du groupe aura, bien plus tard,
d’autres chats à fouetter…



