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samedi 23 avril 2022

Vie de Martha, Début : "Les peaux d'orange"




"La lucidité est la plaie la plus proche du soleil" 
René char




Bonsoir. Asseyez-vous, je vous prie, sur l’unique chaise qu'il vous reste ou adossez-vous à votre tête de lit, si vous avez la chance d’en avoir toujours un. Quoi qu’il en soit, relaxez-vous, mettez-vous dans les meilleures conditions possibles pour écouter mon histoire, ou plutôt, son histoire, puisque cette histoire est celle de Martha Lindkquist, la jeune autiste qui avait décidé d'inverser la voie qui conduit au butoir du monde



                       OUVERTURE

 

                  

Sven Lindkquist et Beri Elisabeth Hansen se rencontrent lors d’un rassemblement d’activistes écologiques à Uppsala, royaume du Daim. Tout concorde entre eux, elle est comédienne dans de mauvais sitcoms érotiques et lui, dirige une startup de macro alimentaire baptisée « Seed and Weed »,qui fournit la moitié des stocks de fruits secs dans le pays. Ils s’aiment, ascensionellement. Martha Lindkquist nait à Stockholm un 3 novembre, au zénith sexuel de leur idylle 

"De ces choses que les enfants emmagasinent et qui plus tard fortifient ou désorientent leur vie"

La maison des grands parents, à la campagne, se situe près de NorregårDès que le printemps arrive, on va admirer les champs de jonquilles qui s'étendent à perte de vue. Du cellier remontent des odeurs de mélasse et de sirop d'érable. La maison, ancienne déjà, est bâti contre un coteau, et partage les affleurements de mica avec le poivre des murailles et l'orpin brûlant. Les journées sont rythmées par des disques de Povel Ramel, auquels martha préfère ceux de A-ha, surtout le titre "Take on me".  Dans la bibliothèque familiale, on trouve aussi bien les ouvrages d'August Strinberg, de Selma Lagerlöf, que ceux de Stieg Larson. Très tôt, elle écoute sa grand-mère lui lire "les merveilleux voyages de Nils Holgersson au pays des oies sauvages".


 





Martha n'a pas dix-huit mois, qu’elle use d’un stratagème étrange et inquiétant. A table, elle fait mine de mâcher la nourriture, de déglutir pour, le repas fini, filer dans le jardin enterrer les aliments cachés entre ses gencives et sa langue, ce qui fait le bonheur de Monsieur Nilsson, le petit singe de la maison. il est plutôt rassurant pour Elisabeth et Sven de trouver à leur filles, de si bonnes joues. 

Martha a 2 ans. Un matin d'été orageux, la petite famille part très tôt pour une randonnée dans le canyon d'Abisko. Martha, bien calée dans le sac porte-bébé de son père, peut admirer, à son aise, le mont Njulla et son glacier violet. Alors qu'ils passent devant un kern monumental, elle remarque des peaux d'orange qui jonchent le sol. Elle rue subitement à l'intérieur du sac, en filant de bons coups de pieds dans le dos de son père. Alors qu'il pense à une crise de panique, Sven la fait descendre, et à peine a t-elle posé le pied par terre, qu'elle fonce droit vers les écorces, dont certaines sont sur le dos. Martha les remet dans le bon sens (le côté orange bien visible), celui qui lui convient; maintenant, sa paix intérieure est revenue et son monde peut se remettre tranquillement à fonctionner. 
 
Martha n’a toujours pas prononcé une simple phrase depuis qu’elle est née. Elle a crié quand elle avait faim, pleuré quand elle réclamait son doudou, ou la présence de sa mère, la nuit, mais toujours pas un mot intelligible. Elle ne produit que des borborygmes, des grognements de chien. Sven et Beri s’en inquiètent. On est samedi. Il est 9 h du matin. Sven s’est levé le premier pour préparer le petit déjeuner. Le couple est à table quand il voit débarquer dans la cuisine Martha qui baille. Elle tient par la queue, son singe, Monsieur Nilsson, qu'elle traîne par terre. Elle se dirige vers le frigo pour y prendre un bidon de lait. Elle s’apprête à se mettre à table, mais avant, elle installe Monsieur Nilsson sur sa propre chaise-bébé, puis se tourne vers sa mère en lui montrant le bidon de lait, puis tranquillement, en affichant un beau sourire, elle lui demande : 
«- Dis maman, est-ce qu’il est périmé ? »

Martha est à peine scolarisée qu’un médecin du CLEISS, le système de santé daimois, décèle chez l’enfant un syndrome d’Asperger, une forme intéressante d’autisme qui sera à l’avenir très largement médiatisé

Edvard Munch "La voix, nuit d'été" 1896


Malgré ce diagnostic, Martha suit une scolarité tout à fait normale et fait exactement comme les autres en classe. Elle fait même beaucoup mieux. Mais un fait nouveau, scientifique comme sociétal, vient troubler les élèves du collège Villekulla. Un mot, qui est sur toutes les lèvres et en particulier des adolescents ayant acquis la conscience de ce qui les entoure : le mot CLIMAT et son corollaire, le dérèglement climatique. Depuis qu'elle a 8 ans, elle lit tout ce qui concerne le sujet. A partir de cette prise de conscience tout va être remis en question. Martha opte pour une alternance dans sa vie scolaire, elle ira au collège jusqu’à jeudi, et le vendredi elle manifestera pour la santé du climat, seule s’il le faut, un simple morceau de carton entre les mains ; dos au mur de l’enceinte du collège Villekulla. Ce carton sera sa bannière de justice, où il sera inscrit en lettres capitale: "GRÊVE DE L'ECOLE POUR LE CLIMAT". 


Première grève pour le climat de Martha à Stockholm

Le sens de la persuasion dont elle use, aussi bien au collège qu'au sein de sa famille, sidère et effraie à la fois. A l'approche de Noël, pressentant un nouvel holocauste d'animaux, elle réussit à convertir presque tous les membres de la famille dont son père, le premier, à ne plus manger de "cadavres d'animaux morts", comme elle dit. Sa mère, petite fille de boucher, négocie pour en manger encore une fois par semaine. A l'école, elle entraîne plusieurs de ses camarades à faire la grève de la faim au réfectoire; On réclame plus de luzerne et de quinoa, davantage de tofu et de caroube dans les assiettes. Dès qu'il y a de la viande au menu, Martha et ses amis l'avalent certes, mais se font vomir aussitôt en salle polyvalente, pendant l'étude, devant des surveillants médusés. Martha Lindkquist revendique ces actions radicales par ce qu'elle appelle des "vomit war". Après un conseil de discipline extraordinaire, elle est renvoyée du collège Villekulla pour rébellion et satanisme


Le collège Villekulla


Une partie de la presse internationale commence à s'intéresser au cas de Martha Lindkquist, à la citer parfois en exemple. Elle est invitée sur quelques chaînes de télévision locale, à la suite de plastic Attack monstre. Lors d'une action de grande envergure à Göteborg, elle convie tout les pensionnaires d'un IME à se débarrasser des emballages dans les rayons d'un prox'ICA.  Survolté, le gros des troupes transforme la supérette en véritable champ de bataille. 
Ce sont finalement les réseaux sociaux qui feront envoler la cote de popularité de la jeune influenceuse. Lors d'une manifestation de juniors éco Warriors aux Etats Usines, elle demande une audience auprès du président Robinson V qui, contre toute attente, la reçoit dans le cabinet spécial de la maison cloche. 







On compare déjà sa détermination et son impatience à celle, légendaire, de Jeanne d’Arc. Des intellectuels, dont quelques historiens zélés, vont jusqu'à relever des similitudes troublantes dans le fait qu'elle trouve dans la personnalité du président des USA,  Robinson V, la force que Jeanne la pucelle avait trouvée en Charles VII, son roi de gloire. C'est le nouvel archétype de la jeunesse qui supplantera, à coup sûr, celui bien désuet, qu'incarnait la bergère de Dom Rémi autrefois; Martha veut tout et tout de suite ! Elle ne trouvera le repos que lorsque sa génération aura obtenu des garanties valables pour faire face à l'urgence climatique auprès des maîtres de ce monde. Pour qu'il en soit ainsi, elle veut livrer bataille à tout ceux qu'elle nomme : les outrageux; en particulier, à son ennemi juré, le dernier président Lee, qui lui conseille cyniquement, je cite: " d'aller sur Netflix pour s'aérer le bocal ." Robinson V est celui qui l'écoute, qui la trouve d'un très grand courage; Lee la raille et la renvoie aux gémonies. Tous les deux ne sont pas sans connaître sa particularité, sa "maladie". Mais chacun l'interprète à sa manière et l'exploite comme bon lui semble
  

Lise Leplat Prudhomme est Jeanne dans le film de Bruno Dumont - 2O18







A SUIVRE





                                                           


               

lundi 19 avril 2021

la cyber diffusion baxteriène présente : Unicorn 18











Un récit d'anticipation signé maestro & Nunki Bartt



Dix-huitième épisode


 Jasmine se troublait à l'innocence de Lars, à ce "sérieux, quoi qu'il en coûte", qui la renversait, mais, à peine eut-elle le temps d’ouvrir l'arc de ses jambes, entre lesquelles, apparut la conque imberbe et sublime, que le poète cherchait déjà à la pénétrer. Il hougnait le cochon ! « - Eh ! Dites Lars, on n’est pas à la nuit de noces de Thérèse Desqueyroux, là ! Jouez un peu, voulez-vous, avec votre gland sur mon clitoris, et vous verrez comment je saurais manifester mon plaisir. – Eh ! bien, pour quelqu’un qui ne souhaitait pas de préliminaires… » Il s’exécuta et fit rouler carrosse, lui donnant l’impression de s’engager dans une ruelle trop étroite, à démolir les bouteroues, quand, à peine s’y était-il frotté, elle se mit à pousser des ghurlantes, comme une clarisse à l’exorcisme. 



En l’espace d’une minute, ses cris dépassèrent en décibels tout ce que la créature avait produit en une longue journée. Il était clair que pour Lars, la danseuse intrépide simulait, ce qui était contraire à la charte, et contre-productif. Alors, quand il en eut assez de faire joujou, il lui décolla le cul de la couverture de survie, l’empoigna fermement sous les fesses pour l' harnacher solidement à ses hanches, et il l’éperonna. Ainsi, purent-ils s’adonner ensemble à ce feu d’artifice que réclame généralement la Nature, harmonieuse et sage, outrageusement domestiquée par l’Homme, définitivement débarrassée des fées, des monstres et des sortilèges. Leurs jambes ressortaient en gigotant par l’ouverture du tipi trop petit de Kiki. Ils se mordaient, se buvaient dans l’entrelacs dodécaphonique de leurs halètements, quand cette sérénade orgiaque produisit enfin les effets surnaturels qu'ils espéraient. Tout absorbés par leurs jeux sexuels, ils ne s’aperçurent pas que le tipi de Kiki l’indien avait pris de l’étoffe, que ce n’était plus le simple jouet d’enfant que leur avait confié Chuca. Son envergure approchait celle d’un véritable wigwam, et ça sentait la tannerie à plein nez là-dedans. Une brume légère le recouvrait, la trame souple d’un voile d’hivernage, une gigantesque toile d’araignée. 


" Touche-moi avec ta main nue,
 touche-moi avec ton gant…"

La tempête se déchaînait tout autour, mais les deux amants ne s’en souciaient guerre. Ils se consommaient, comme deux vecteurs, dégageant un surcroît de production thermique, s'activant, encore et toujours, concentrant de l’énergie sexuelle afin de contenir l’expansion de la voatsi. Lars avait prévenu: « - Ah ! Merde, je vais jouir Jasmine, putain ! » Tant pis, on s’y remettait. Il n’était pas question de se compter fleurette une seule minute. Alors que Jasmine  lui administrait une nouvelle fellation en règle, Lars Faber s’aperçut  qu’il était au beau milieu d’un tipi comme on les conçoit chez les Delaware, alors, il replongea dans son enfance radieuse, et se prit pour Chingachgook, et Jasmine, naturellement, ne pouvait être que la jeune biche, Tachelhana. C’est dans la peau de ce dernier qu’il la hocha, à la manière des Mohicans, lui faisant visiter les Appalaches sous les premières neiges, les sources riantes que remontent les saumons pour se reproduire, là où ils sont nés. Jasmine ne savait plus si elle était dans le couloir des « belles voyageuses » ou bien dans la réserve du « Bonjour Paris ! » Elle le refit dix fois ce parcours. Elle feulait, elle griffait, elle suppliait : -Ptitchristdetabarnak !  Elle sacragasmait. Lars, qui accueillait pour la première fois la croupe offerte de Jasmine, ne savait plus auquel grand esprit se vouer – et tandis qu’il la prenait en levrette, les mains rivées aux deux mamelles du Paradou, il se demanda, en conscience, détaché du coït, s’il devait réclamer la puissance de Wakan tanka, ou celle de Kitchi Manitou. Dans la confusion de son esprit, il s'engagea corps et âme dans l'âpre bataille, prêt à entamer l’aubier de l'anus qui le fixait, et respirait comme l’œil divin. Et parce qu’elle sacragasmait dans une tonalité très proche de celle du chant des supporters de son club de football préféré, il fut pris du désir de le chanter avec elle, cet hymne des Reds ! Alors, tout en faisant remonter le bloc de ses hanches pour mieux l’envahir, ils entonnèrent ensemble, exactement comme s’ils étaient au cœur du Kop : "you'll never walk alone".





 "Walk on, walk on
 With hope in your heart
 And you’ll never walk alone
 You’ll never walk alone"

     

Galvanisés par ce chant régénérateur, ils roulèrent sur la couverture de survie en riant, en chahutant, et en joignant leurs mains pour la première fois. Ils se permettaient de souffler avant de se prendre à nouveau. Seulement, ce veinard de Lars n’était plus de la première jeunesse, il plaidait coupable d’avoir déjà 52 ans, un manque évident de pratique, et une scoliose fixée, quand Jasmine, elle, montrait l’appétit sexuel insatiable de ses 21 printemps, et Lars, craignant que les dimensions du tipi n’atteignent bientôt celles du palais de justice de Bruxelles, proposa des travaux plus calmes. Leur copulation se confondit, dès lors, avec l’accouplement ritualisé de deux insectes. Comme ces dytiques qui progressent par saccades sur l’effroyable horizontalité de la surface de l’eau, on eut juré qu’il ramait en elle, quand, derrière lui, il sentit une présence; Il aurait parié qu’on les observait. Et quand il se retourna, tout en essayant de conserver le rythme du coït, il aperçut comme deux petits papillons qui virevoltaient à l’entrée du wigwam, deux Robert-le-diable, descendus du causse jusque dans les bois d’Itar. Jasmine, passablement piquée par cette interruption volontaire du rythme, voulut connaître le trouble de Faber, quand en se redressant, elle s’écria : « - Oh ! Non, mon dieu, quelle horreur, ce sont ses yeux ! – De quels yeux voulez-vous parler Jasmine ? – Seigneur ! Mais ceux de Med ! » En effet, les yeux de Papiak,  maintenant qu’ils étaient libres, se promenaient dans le tipi et se rinçaient à la vue de ce voluptueux spectacle. – Laissons les faire Jasmine, dit Lars, nous sommes sur la bonne voie, je vous en prie, continuons ! Et de toute façon, nous étions rabibochés, n’est-ce pas". Alors, Jasmine, sans dévulver, se plaça à l’envers, sur le bassin de Lars Faber, lui offrant, au passage, le galbe gibbeux de ses fesses rebondies, et elle fit face aux yeux-papillons du direktor, réservant son sexe occupé, aux yeux  vivants qui la dévoraient. Et les yeux de Papiak remercièrent. Les amants n’entendirent sûrement pas la plainte émise par le chêne noueux quand, après de longues heures de lutte contre l’ouragan, il rompit, net 

Au matin brumeux, les gelées blanches. Les pinsons et des geais chantaient déjà. il ne restait presque plus rien du bois d’Itar. Ici, et au-delà, tout n’était qu’un enchevêtrement de branches, de volis éparpillés très loin de leurs chandelles. Leur multitude rappelait une palissade de pals menaçants, les galettes des arbres, qui avaient été déterrées vivantes, avaient les jupes relevées, comme les cadavres de femmes après un bombardement; des radicelles, encore toutes tremblantes sortaient des légions de polypodes voraces, qui convergeaient sans détour vers la tanière d’Unicorn pour voir, si des fois, il ne restait rien à manger… La créature gisait là-bas, près du fossé qui endouvait la clairière. Elle était morte ! Unicorn en assimilant le direktor avait perverti son organisme ; en le phagocytant, elle avait absorbé ce qu’il y a de pire dans le monde du vivant : les cellules souches d’un être humain. Sa nature corrompue avait bien essayé de lutter contre le mal qui était entré en elle, en embrochant, comme à la foire, trois pécaris qui s’étaient proposés, mais la nature perverse du dresseur l’avait déjà empoisonnée. Ainsi la merveilleuse arche bio cellulaire du bois d’Itar ne prendrait jamais la crue du temps, ne ferait jamais le voyage vers les hauteurs paisibles et luxuriantes. 
Des vapeurs de glace s’échappaient de la terre encore endolorie du massacre de la nuit. Le soleil perçait à peine ce qui restait des cimes d’un bosquet épargné autour de la tanière. Par une trouée, la lumière douchait un petit buton d’herbe tendre, sur lequel un ursidé au pelage blond était venu se réchauffer, bien aise de trouver un peu de chaleur auprès des rayons du soleil. Il se redressa vivement. Et quand les quelques rares habitants des forêts, qui s’étaient cachés tout ce temps au fin fond du bois d’Itar, se rassemblèrent, blottis les uns contre les autres, ils découvrirent un drôle d’ours qui dansait, qui dansait, qui dansait, qui dansait













Fin