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lundi 4 août 2025

Moon Walker - Matériaux à fabriquer des énigmes -

Chaque vivant n’a aucune chance de s’en sortir. Ainsi va la malchance des autres vivants, celle d’assister soit à la déchéance soit à la disparition de ce vivant appelé à sa fin de l’expérience. Ainsi le sort de Moon Walker serait-il maintenant de simplement entrer dans la mémoire d’autres vivants ? Personne ne pourra juger du bien fondé de la qualité du souvenir, Moon Walker en étant la victime ou le héros. En réalité le mirage du passé est toujours tremblant. Dans ces tremblements on reconnait les silhouettes d’une maison, d’une ville, d’un paysage, d’un lac où l’on recherchera toujours la fraicheur de la vie, de l’amitié d’un expérimentateur, de tout potentiel d’amour de la vie. Mais, à la différence de ses usagers, la vie n’a pas besoin d’être aimée. Que ce soit à propos de Moon Walker ou de tout autre témoin, c’est bien le diable si un sort se trouvait bon. Le but de l’existence n’est pas. Point. Le diable ne s’en mêle même pas. Le sort n’en est pas un. Seul l’un est. Et c’est déjà « était ».

Comment le phénomène du chagrin et de la peine serait-il à confondre avec une consolation, voilà qui est intenable. On va plus ou moins bravement vers une possibilité de terreur, on ne peut que fuir les consolateurs.

Donc revenir à l’existence même. Quelle est cette manière d’être de Moon Walker ? Un marcheur de la lune ? On se rappellera ici la manière d'Arno Schmidt pour cadencer ses chapitres dans certains de ses livres. Alors que le monde continue d’être monde, que les humains s’encouragent de stupidités plus hénaurmes que celles de la veille, que les pas sont lourds, le regard d’apaisement se porte vers l’immobile mobile, le passage à une vacance du pouvoir, au simple jeu des forces qui déplacent les matières « monde » :

 

La lune. Moi. Nous nous dévisageons un bon moment, jusqu’à ce que la Belle Pétrifiée, là-haut, s’en offusque. Elle s’escamote alors dans les vapeurs bleuâtres, avec la complicité du vent (à deux contre un, c’est malin !) et barbouille la chaussée d’une pâte de lumière blanche (tout en continuant à me jeter de longs regards indiscrets à travers une succession de longs regards indiscrets à travers une succession de voiles de crêpe, de gaze, de tulle, puis d’écrans et de paravents translucides)./ …

La lune, nouvel Achille, trainait le cadavre raidi d’un nuage autour de la terre, notre Troie (battue par le vent) /…

La lune étique, posée sur l’arête du clocher.   L’une des cloches bourdonnait sourdement dans sa niche. /…

Une corneille décrit un long arc de cercle noir et bruissant dans le ciel sans écho. La lune apparait et me considère, glaciale, par la fente de ses paupières argentées de nuages. Les buissons décharnés se serrent plus étroitement dans la terrifiante lueur blafarde. Je suis resté longtemps prisonnier des lacs ténus qui  qui tendaient le jardin. L’éclat de la lune se fit plus incisif et plus emphatique : comme un prophète annonçant le prochain anéantissement des astres. /…

L’alezan de la nuit : avec son large chanfrein d’argent, larmes, rires et épouvantes, continuait à piaffer sous ma fenêtre. /…

Jusqu’à la faucille de la lune qui déjà venait se ficher dans une branche / …

Devant la mince parenthèse de la lune /…

Une étoile apparut : elle semblait traquée/…

Le soc brillant et courbe de la lune labourait le gazon livide et ruisselant des nuages /…

 

"Moon Walker et son maître-Détournement métaphorique d'un tableau de Lionel Tremblay"

« Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions », titre d’un livre de la philosophe Vinciane Despret, donne légitimité à la problématique. Mais c’est la réponse qui est idéalement en attente. Et la réponse que j’entends, toute attendue qu’elle soit, balance des éclairs de conscience, par exemple, grâce à Arno Schmidt : ce cadavre raidi que je traine ne se veut d’aucune forme, même si ce nuage en est une image. Ou encore, je veux me laisser entrainer par ce piaffement entendu sous ma fenêtre. Il est curieux, mais finalement logique, que Vinciane Despret ait aussi écrit un livre « Au bonheur des morts ». Leur bonheur, aux morts, c’est de proposer. C’est autre chose que du souvenir, c’est plutôt « rêve » dans ses différentes traditions, par exemple psychanalytique mais pas uniquement, message pour faire prosaïque. On peut donc estimer qu’il y a « matériaux à fabriquer des énigmes ». Du rêve à son interprétation, la proposition est de reconnaître une marque de générosité. Oui, marque de générosité, « pleine de grâces », même.

"Image d'un usage du monde"

On connait « L’usage du monde » de Nicolas Bouvier. Toute vie est à sa manière un usage de monde. Comme le dit dans « Extérieur monde » Olivier Rolin, on pourrait penser que la vie n’est pas une ligne, une trajectoire mais « un arbre infiniment ramifié, une chevelure immense » ; et alors « d’autres vies ont à petits coups forgé la tienne ». En réalité il n’y a pas de raison à admettre une suprématiste catégorie humano-centrée de ces vies. Cela donne une extension vivante à l’usage du monde car pour quelques temps et en dépit des malversations de certains modes humains d’existence, l’usage du monde, Gaïa, a été prêté à Moon Walker. 

JC-Doc 

Nunki Bartt, « L’inondation », Poscas et papier peint sur toile 45 x 55 cm



jeudi 22 juin 2023

Là où le Doc est un cador

Là où le Doc est un cador, à n'en pas douter, c'est sur la logistique. Pour cette nouvelle expédition Baxter§Baxter destination Eymoutiers en Haute-Vienne, objectif espace Paul Rebeyrolle, il n'avait rien laissé au hasard : pique-nique gratiné (tomates fraîches, poivron, thon, oignons, frometon et tutti quanton), hébergement chez de vieux amis rescapés de l'élevage de chèvres des années 70, pauses stratégiques en pays creusois, dont la première fut fixée pour des raisons connues de lui seul à Pontarion, entre Guéret et Bourganeuf. Le village avait été victime quelque temps plus tôt d'une tornade dont les séquelles étaient visibles avec les bâches bleues qui recouvraient certains toits, et en particulier celui du château médiéval. Nous nous lestâmes de café dans l'unique taverne de l'endroit. On y pouvait lire d'anciens numéros de Charlie Hebdo, acheter des semences diverses et de la littérature régionale (j'ai failli craquer pour un Du rififi à l'ehpad, assez prometteur), et à côté de nous des pneus neufs laissaient penser que ladite taverne était sans doute le centre névralgique du commerce en cette bourgade de Haute-Marche. Bref, venons-en à la trouvaille du jour : un tableau posé devant nous sur le rebord du mur nous interpella.


La photo ici est presque trompeuse : elle tend à estomper la vétusté de la toile, complètement élimée, rongée au bord inférieur (on n'y distingue donc plus aucune signature). Le patron nous assura l'avoir trouvée dans son grenier, et ne rien savoir de plus sur sa provenance. Il me sembla qu'il s'agissait d'une vue des ruines de Crozant, ce qu'il me confirma. Comme l'on distingue la rivière Sédelle sur la gauche, on peut être à peu près certain que cette toile a été réalisée avant 1926, date de l'inauguration du barrage d'Eguzon, alors le plus puissant d'Europe, alimentant Paris en électricité. Tout simplement parce que le barrage a fait monter le niveau de l'eau et que la Sédelle n'apparaît plus du tout sous la forme de la rivière torrentueuse qu'elle avait alors, et qu'évoque George Sand dans Le péché de Monsieur Antoine   (1874) :  "la montagne qui porte la vieille forteresse tombe à pic de chaque côté, dans deux torrents : la Creuse et la Sédelle, qui se réunissent avec fracas à l'extrémité de la presqu'île, et y entretiennent en bondissant sur d'énormes blocs de rochers, un mugissement continuel ". 

 Vue actuelle du site de Crozant. Photo : Armand de Foucault (Wikipedia)

Bon, nous n'avons pas fait acquisition du tableau (m'est avis que le patron l'eut lâché pour quelques dizaines d'euros), et parfois je le regrette un peu. Nous avons repris notre route, après avoir attendu que le Doc retrouve son sens de l'orientation (en sortant de la petite rue où nous nous étions garés, il avait carrément rebroussé chemin - il faut dire que déjà, en sortant de chez lui, du Moulin Barbaud, il s'était lancé dans la mauvaise direction - la logistique, oui, l'intuition géographique, non).

Nous atteignîmes donc Eymoutiers à l'heure où les estomacs commençaient à se rebeller, traversâmes la bourgade sans coup férir et nous retrouvâmes au camping municipal où nous pique-niquâmes à l'ombre sur de belles tables en bois dont on nous apprit un peu plus tard qu'elles étaient comme de juste réservées aux campeurs (encore rares à ce moment de l'année, ceci soit dit à notre décharge). Comme mon objectif n'est pas de vous narrer par le menu le détail de nos pérégrinations, je coupe court à toute digression et j'en viens tout de suite à Planchemouton.

Planchemouton c'est ce tableau immense (4,20 x 18 m) que Paul Rebeyrolle (né en 1926) a réalisé en 1959 à Eymoutiers même. 
Il reçut alors le Premier Prix de la première Biennale de Paris. A l'origine, c'était un  travail de commande destiné à l’escalier du Palais des Beaux-Arts.  On peut l'admirer dès l'entrée du musée. Curieusement, je n'en avais pas de souvenir précis contrairement à d'autres oeuvres du peintre. Il  est pourtant saisissant, on pourrait passer des heures à se perdre dans ses paysages mouvants, rugueux, chaotiques. Michel C. Thomas écrit  : "Rebeyrolle est en mission de reconnaissance, comme ces soldats qu'on envoie en éclaireurs avant de livrer bataille. Il peint une guerre, la guerre des couleurs contre la ligne. Vieille guerre, guerre larvée. Delacroix, déjà : "Je suis à ma fenêtre, je vois un beau paysage et l'idée d'une ligne ne me vient pas à l'esprit." Et Goya avant lui : "Où trouvent-ils ces lignes dans la nature ? Moi, je n'y vois que des plans qui reculent, des reliefs et des enfoncements." Rebeyrolle peint la houle, les chambard des couleurs qui sont dans les reliefs et les enfoncements dont parle Goya et où l'on va, en fouaillant la nature, chercher des pigments." (Rebeyrolle ou l'obstination de la peinture, Gallimard, L'un et l'autre, 2009, pp. 53-54)



Planchemouton, c'est le nom aussi de la grange où il a peint le tableau (vingt-quatre panneaux de bois assemblés) et de la petite rivière qui passe au pied de l'espace avant de rejoindre la Vienne un peu plus loin, c'est là que Rebeyrolle demandera qu'on répande ses cendres.

Planchemouton (détail)

Saute-mouton. Je fais l'impasse sur la suite, la montée vers Faux-la-Montagne, l'auberge de la Feuillade, la soirée à Royère-de-Vassivière, la nuit dans le chalet prêté par Christian, l'homme du Doubs, merci à lui, et j'en arrive au lendemain, où nous allâmes, par une petite route méandreuse à travers les collines couvertes de forêts, jusqu'au lac de Vassivière et son île où est installé le Centre International d'Art de de Paysage

L'étrange visiteur


Des expos vues cet après-midi là, je ne dirais rien (alors qu'il y aurait bien sûr tant à dire, mais je laisse de l'ombre). Après un ultime pique-nique (où nous eûmes enfin droit à l'ouverture des sachets de chips amenés par le Doc), nous prîmes un dernier pot avant de se séparer au bar proche de la passerelle qui conduit sur l'île. La thématique de la déco était toute portée sur le chemin de fer. C'est là que je vis l'affiche suivante :


La boucle était bouclée. Nous pouvions remercier, Nunki Bartt et moi,  nos hôtes, le Doc pour les chips et le reste, nos compagnons de voyage, Jacques et Géraldine, les esprits des bois et des eaux pour leur bonté, et je savais que j'aurai au retour plaisir à retrouver dans la mémoire du smartphone l'énigmatique Botchio, cette sculpture Fon en bois du Bénin à l'impénétrable regard.




dimanche 26 février 2023

BAXTER JUNIOR N° 4



 


On m'avait dit : c'est les vacances d'hiver, voyez-vous, les vacances scolaires ! Et vous ne faites rien, même pas histoire de marquer le coup ? J'avais dit non. Pourquoi faire, quand il fait grand soleil dehors et que le Celsius envoie du 19 °à l'ombre ? Certes, il y a bien quelque familles à deux moutards nées avec des après-ski qui auront fait le voyage jusqu'à Val d'Iz ou Serre Che pour descendre en snowboard des pistes noires sans encombre, ou faire du hors piste avant que Maxence, le fils de famille, ne déclenche une avalanche de plaque, mais ceux-là sont peu nombreux. Puis je me suis rappelé le tournoi des six nations qui a lieu en cette période de vacances scolaires qui pourrait intéresser davantage de lecteurs que  les biloutes de la gentry. Après tout, un bon cadrage débordement vaut bien un arrêt imprévu de Shumi au stand gaufres, au même titre qu'une chistera "Russell" vaut tous les pleins schuss "quelle était blanche ma vallée" de Gaspar Ulliel.
Voilà ce que j'ai répondu à ce petit collège de lecteurs qui finalement ne faisaient que réclamer, de bon droit, leur nouveau Baxter Junior !
Il est temps de retrouver un inédit de notre collection phare, où il sera question, cette fois, d'un prodigieux glissement de terrain vers une nette Transformation. 
N B




 



PRALINE 
ou la transformation



Aux  regrettés Colette, Bobby, Sophie et Willy
    





- Bouboule ! Papa a dit qu’il fallait qu’on partage…
- Eh bien ?
- En deux, fifty-fifty. C’est ce qu’il a dit.
- Oui, attend ! Je commence à manger ma part, pis je te donne la tienne, quand j’aurai fini.
Bouboule s’envoyait religieusement le paquet de cacahuètes rissolées au sucre, les fameuses pralines que Papa nous avait payées à la buvette de l’entrée du stade, lesquelles, entre les mains du glouton, n’en menaient pas large. Je tirai d’un coup sec sur le pan de la veste de Papa pour protester.
- Allez  Boub! donne sa part à Nono. C’est pour vous deux !
- Oui, une minute. Mais tu sais P’pa, je les compte. Je prends juste ma part, c’est tout.
- Mais comment tu peux connaître la part qui te revient et celle qui revient à ton frère ? Il aurait fallu d’abord que tu saches combien il y avait de pralines dans le paquet avant que tu ne l’entames ! 
- Il aurait surtout fallu que tu les bouffes toutes avant, pour savoir ensuite combien y en avait, espèce de voleur ! Empêche-le P’pa.
Papa arracha le paquet des mains du Boub et me le tendit, non sans cette exaspération qui le prenait toujours quand nous nous disputions. Sans blague, le gros s’était déjà envoyé les deux tiers du paquet en un temps record ! Papa nous sépara au moment où j’empoignais furieusement mon faux frère par le colbac.
- Bon, ça suffit ! Je vous l’avais acheté pour toute la durée du match. Je te conseille d’être économe, Nono. T’es le plus grand. Ne me déçois pas ! Quant à toi mon petit Boub, tu sais que Papa a horreur de l’iniquité ?
- Ouais, Papa…
- Le sais-tu, Boub ?
- Je le sais que trop, répondit Bouboule, en se léchant les doigts.
- Et pourtant, tu tapes dans votre patrimoine au point d’oublier ton propre frère. T’as bien fait de faire ça. La prochaine fois, je donnerais tout à Nono ! 
Notre petit père a toujours eu un sens très expérimental de la justice. Le bon sens et le bon cœur (qui ne vont pas toujours de pair), auraient commandé qu’il nous paye un paquet de pralines à chacun, ce qui aurait eu pour effet d’empêcher un conflit entre nous. Mais Papa avait plus le profil d’un roi Salomon que celui d’un christ de convenance. Tout en plongeant mes doigts dans le paquet, je regardais à la ronde la foule qui se renforçait aux abords du stade. Le terrain était déjà occupé par les équipes qui commençaient leur échauffement. Tout en mastiquant, en conscience, mes petites pralines chéries, j’interrogeai Papa :
- « Contre qui on joue mon petit Papa ?
- Contre Cognac ! Les premiers de la poule. Ça va être dur, parce qu’aujourd’hui, ils ont l’Uruguayen. 
- Et il est fort ? demanda Bouboule, qui lorgnait sur mon paquet.
- Pas qu’un peu ! répondit  Papa. C’est le meilleur ouvreur du championnat ; il a la plus belle patte gauche de la poule. » 
- Ah ! dit Bouboule, songeur. Autrement dit, on va se prendre une taule… 
Une pluie fine s’était invitée à la partie et je demandai à Papa pourquoi il n’avait pas pris des places à l’abri, en tribune. Notre petit père répondit par un raisonnement qui nous sécha sur place : 
« Mais tu vois bien qu’il n’y a plus une seule place, Nono. Et puis, on vit mieux le match depuis la main courante, crois-moi ! Quand tu te retrouves appuyé contre la rambarde, tu peux ressentir toutes les vibrations produites par les autres supporters, appuyés eux aussi, comme toi. On est plus proches des joueurs, plus proches du ballon aussi, forcément. Quand  tous les gars se mettent à courir ensemble, t’as les pieds sur la pelouse, toi aussi, exactement comme eux, et tu peux ressentir, là encore, les vibrations. En fait, tu joues avec eux dans une seule et même communion. Là-haut, dans la tribune, assis sur ton cul, tu assistes au match; en bas, à la main courante, t’es dans le match ! Et puis, je ne pouvais pas prévoir qu’il allait pleuvoir, sinon, Nono, je te jure sur la tête de vous deux, que je n’aurais pas hésité à prendre trois places en tribune ! »
Le coup d’envoi fut donné par un arbitre plus gros que Papa.
Là encore, il s’était défilé. Ses explications, bien que captivantes, ne tenaient pas debout, surtout quand on connaissait ses capacités à vous empapaouter. Il était tout simplement radin. J’avais remarqué les tarifs affichés sur le minuscule guichet du stade. Une place à la main courante coûtait 5 francs, alors qu’en tribune, elle valait le triple. 45 francs pour un match de fédérale 2, c’était beaucoup trop pour Papa. Il lui fallait penser au budget qu’il devait consacrer à la buvette pour la mi-temps et la fin du match, quand il pourrait compter revoir des connaissances à lui, des types qui s’y connaissaient en rugby. Le stade Tonnellé affichait complet. Les clameurs des supporters montaient dans un ciel chargé d’ardoises. Elles survolaient le boulevard bordé de tilleuls et l’hôpital Bretonneau, où j’étais venu au monde, puis s’en allaient mourir tout près, dans le jardin botanique. J’aimais croire que ces  clameurs de joie et d’impatience toutes enfantines parviendraient aux oreilles absentes de Bobby, le phoque du Weddell (la mascotte de la ville), ainsi qu’à celles bien rondes, des deux ours : Sophie et Willy, les pauvres, qui tournaient en rond dans leur fosse bien trop petite. Au moins, un dimanche sur deux, pouvaient-ils s’assurer que la vie se répandait bien au-delà des grilles du jardin zoologique.
                                                                         

                   
                                                                                                                                                   
A peine le match avait-il débuté, que l’Uruguayen s’était fait remarquer par un drop réalisé avant la ligne des 22 mètres, bien servi auparavant par son précieux demi de mêlée, Tomaso. 
Le  speaker avait dû s’y reprendre à trois fois pour annoncer l’ouverture du score. Papa nous regarda Bouboule et moi avec cet air approbateur qui semblait nous dire : « Alors les mômes, qu’est-ce qu’il vous avait dit Papa, hein ! » Manifestement, il était content, le cul en arrière, les coudes bien calés à la rambarde, il en avait  pour son argent. Il réajusta sa casquette alourdie par la pluie qui redoublait et tira sur un mégot détrempé. Au bout de vingt minutes, on comptait déjà 17 points à mettre à l’actif des Charentais et pas la queue d’un pour les Tourangeaux ; et tous ces points marqués grâce à la patte magique de l’Uruguayen. Le Boub et moi commencions à regretter de ne pas pouvoir assister à cette raclée annoncée depuis la tribune. Il pleuvait à présent autant d’eau que de pénalités pour Cognac. Les supporters s’impatientaient, la foule grondait comme un seul homme. Quelques Charentais qui avaient fait le déplacement, bien avinés et goguenards, reprenaient en cœur un chant bien de chez eux :
Si tu ne baises pas, tu n’es pas charentaise, si tu ne baises pas, Charente ou Charente pas ! 



- Allez ! les p’tits gars, jouez sur l’Uruguayen, nom de dieu ! Balancez le ballon sur Chica ! gueula notre petit père en agitant ses fesses, pour se rencogner à la rambarde.
Peut-être que cette fois, Papa avait vu juste. Chica, déjà bien entamé par une activité extra-terrestre, avait maintenant tendance à se débarrasser un peu trop vite du ballon, balançant tantôt à droite, tantôt à gauche, dans l’espoir, déjà, de souffler un peu, et ensuite de trouver une bonne touche grâce à des coups de pieds chirurgicaux. C’était en effet un joueur élégant, svelte, racé, comme le sont souvent les joueurs sud-américains à ce poste. 
L’arbitre siffla un en-avant commis par le flanker des « guêpes », encore plus gros que lui. La mêlée cognaçaise fut salement chahutée par un pack tourangeau frondeur et revanchard, si bien que le petit Tomaso eut de la peine à extraire le ballon. Mais, au moment où la mêlée tournait, ce dernier put enfin s’en emparer, puis, nous gratifiant d’une belle détente de jaguar,  le transmit à Chica, lequel, voyant les trois quarts monter sur lui, prit ses responsabilités. 
Il monta une chandelle au-dessus de la défense adverse, comme on s’envoie à soi-même une carte postale d'un pays lointain. Il avait d’abord armé sa redoutable patte gauche, quand il envoya le ballon dans le firmament. Jamais (et je donnerais toutes mes pralines au Boub si je mentais), je n’avais vu un objet propulsé si haut dans le ciel à l’aide d’un seul coup de pied. La tribune jubila. On pouvait entendre des « ah ! » et des « oh ! ». Cependant, l’Uruguayen, sous la pression, avait légèrement dévissé sa frappe, juste assez pour voir la trajectoire du ballon contrariée, lequel dévia de son axe en prenant un biais inattendu, vers la gauche du terrain, à l’endroit exact où nous nous trouvions. Bouboule qui avait compris que Chica s’était raté, entreprit de pousser Papa, de le décoller de sa balustrade à 5 francs. Mais il n’y avait rien à faire.
Nous l’avons tous vu s’immobiliser dans les airs. C’était magique autant qu’irréel. Ses pointes tournaient sur elles-mêmes, s’inversaient tour à tour dans un ballet gravitationnel ; quelle majesté ! Soudain, sans transition, il redescendit. Mais pas comme un simple ballon de rugby, non, comme une bombe, une bombe qui fendait l’air. « Attention  les gosses ! » gueula quelqu’un dans la tribune. On entendit  même des « Barrez-vous, nom de dieu! » Sans s’énerver, Papa brandit sa béquille à bout de bras, et fixa le météore envoyé par Asencio. Il jugea sa trajectoire, tira un coup sec sur son clop mouillé, visa. Et son viseur était le tampon de caoutchouc fixé au bout de sa canne, qui jouait en cet instant fatidique le rôle d’une ancre de miséricorde. Tenant la béquille toujours ferme, comme un bouclier au bout de son bras, elle avait le maintien du canon. Les yeux levés sur l’objectif n’en pouvaient plus d’une pluie qui plantait ses dards ; de guerre lasse, ils se fermèrent. Soudain, une éclipse d’étoile – un trou noir qui avalerait le tohu-bohu humain. Le ballon était venu rebondir exactement sur le tampon de la canne, avant d’aller mourir sur le terrain : Le canon rotant son boulet.
Un tonnerre de tous les diables s’abattit sur le stade Tonnellé. La tribune exulta avec des hourras et des bravos. Plus beau qu’un drop exécuté au-delà des 22, plus fort qu’une transformation en coin, Papa, interdit, étouffé par les petits frères qui l’embarquaient dans un môle protecteur, ne savait plus où se mettre. Toute l’attention de la foule se focalisa sur lui…
Et Chica Ventura sortit des rangs. Il leva la main gauche en direction de Papa, pour s’excuser, puis referma la main à l’exception du pouce, qu’il leva bien haut pour saluer la bravoure du petit père, ainsi que ce fabuleux coup de maître. Enfin, il frappa de ses deux mains pour encourager son équipe, qui n’en avait pas besoin, à tenir le score, score qui restera anecdotique, puisque les « guêpes » seront radicalement vaporisées : 42 à 3.
Les annales du stade Tonnellé retiendront que ce jour-là la prestation de l’Uruguayen, pourtant de premier ordre, aura littéralement été éclipsée par le geste inouï d’un petit gros avec une canne anglaise. Claude, le boiteux, dit « Béquille » pour les copains, avait volé la vedette au grand Asencio Chica Ventura, dit « el elegante », pour la frime.



Le match reprit peu après l’incident. Papa, toujours sous le choc, voulut s’offrir un petit remontant à la buvette. C’est vrai qu’on le trouvait blanc. En se retournant, il laissa ses bras aller le long de son corps et ses mains se retrouvèrent libres, ce que nous accueillîmes, mon frère et moi, comme une invite à lui donner les nôtres et, ni une ni deux, nous nous dirigeâmes vers la buvette en tenant les grosses mains de Papa, qui claudiquait tant bien que mal. Il venait d’oublier sa canne contre la main-courante. Mais ces émotions lui avaient donné des ailes. A croire qu’il n’en avait plus besoin. Il fallait voir à quel point la cadence de sa marche s’emballait ! Il était comme porté par la grâce ; sa vie était maintenant entre les mains d’un christ, et lui, Papa, était dans les petits papiers du Sauveur. Il allait bienheureux, comme le paralytique après la visite au sanctuaire.
Confortablement installé à la buvette, le cul bien en arrière, les coudes soudés au comptoir du barnum, Papa ne s’appartenait plus. Il s’était complètement désintéressé du match. Sans prononcer un mot, il éclusait les demi-pressions, ses yeux encore rempli du sourire de l’Uruguayen, du départ du ballon pour la lune, des joueurs qui l’avaient applaudi eux aussi, de la tribune reconnaissante, du regard langoureux de Bobby le phoque, qui avait certainement, lui aussi, perçu l’ampleur de cette éruption de joie. Peut-être qu'il espérait que Man serait fière de sa bravoure, que cette grande bravoure récurerait, en partie, toutes les casseroles qu'il déjà avait au cul, vis-à-vis d'elle. 
-  Et ce match, y vous plait ? Je suis fiers de mes chéris. Ils ont été très courageux ; c’est vrai ! Je ne connais personne de plus courageux que vous deux. (Une pause). Vous sentez cette odeur alléchante de saucisse ? Vous voulez que papa vous paye un sandouich ? Tu veux une merguez Nono, non ? Et toi Bouboule, tu veux du ketchoup avec ton sandouich ? D’habitude, t’aime ça le ketchoup ! »
Il frotta les cheveux du Boub, qui n’aimait pas qu’on le décoiffe. Mon frangin se défendit. « C’est bon P’pa ! » dit-il en esquivant son geste d’un revers de main. 
Papa, attendri, repartit à la charge. « Tiens, dites un peu à Papa ce que vous voulez pour Noël, allez-y, annoncez la couleur ! » 
Noël tombait dans seulement un mois. Nous lui demandâmes s’il voulait bien nous payer un autre paquet de pralines, mais un pour chacun cette fois.
- Vous ne préférez pas un sandouich avec une bonne saucisse et de la moutarde ?,  s’étonna Papa.
- Non, non, dit le Boub ; on préfère les pralines. Allez Papa,  pour fêter ta transformation !

 






Joue-moi !




Crédits : Benjamin Britten



 



samedi 1 octobre 2022

Nuit Pinder : Début


                 "Deux faits majeurs ont illuminé cette triste année 1854. Le premier, est la naissance d’Arthur Rimbaud et le deuxième, la fondation du cirque Pinder "

                                                                                     Jank Debrew « Victoires sur la nuit. »       

     

  

                                                   NUIT PINDER

     


C’est l’été. L’été d’un autre siècle, d’un autre millénaire, d’un autre monde. C’est l’été des enfants, des parents dans les grands ensembles ; on ne dit pas encore et on ne dira jamais « l’été dans les quartiers sensibles ». La cité de l’Europe, cette ville neuve, a gagné sur la campagne, sur les champs alentours, sur les dernières fermes. Il en reste toujours une, une de ces maisons sans âge, encore debout : celle des Barberaux. Il suffit de traverser la rue et on est chez eux : ceux-qui-chient-au-fond-de-la-cour. Le cadastre, l’aménagement du territoire, sont des notions aussi vagues qu’une super lune sanguinolente. Brasilia a forcément été inventée par un solide dormeur. Quant à la Cité Radieuse, construite pour prospérer collectivement dans le sommeil, elle a trouvé preneur en Papa.

Nunki Bartt "Le firepapa" 2009


Bouboule et moi, dormons dans la même chambre que Papa. Depuis toujours, on dort tous les deux dans sa chambre. Maman dort dans la chambre qu’elle a choisie, celle de Richie, qu’elle a prié d’aller dormir dans celle de Tonton. Richie ne voulait pas, au début, aller dans le lit de Tonton, et il a gueulé tant qu’il a pu. Ses fermes protestations, ignorées de tous, n’ont fait qu’encourager son acné juvénile à s’étendre, tels les kibboutzim dans les territoires occupés. Maman, depuis qu’elle nous a quittés, Papa, Bouboule et moi, dort toute seule dans la petite chambre du fond, qu’elle a volée à Richie. J’espère qu’elle fait de beaux rêves. 

Si Papa est toujours le premier à se mettre au lit c’est parce qu’il n’a jamais vu de brosse à dents. Et puis, Bouboule et moi avons ordre de Maman de nous laver le cou et la figure avant de nous coucher. Papa n’y est pas tenu. Nous avons onze et douze ans. Ont disparu : la séance de chatouilles qui précédait les bourrades viriles de Papa, ainsi que les effusions débordantes de tendresse, dont seuls les pauvres connaissent la saveur. Depuis que nous avons grandi, la porte de la chambre n’est plus qu’un octroi devant lequel le marchand de sable nous fait le coup de la fouille. Papa a déjà le doigt sur le curseur de son vieux poste Radiola, blanc crasseux, bloqué définitivement sur la fréquence Radio Télé Luxembourg, qui l’aidera à s’endormir sur des chansons et des publicités chantées en mode majeur


Jouez-moi SVP

Fièrement empyjamentés, nous regagnons nos postes, ces lits superposés en pin blond, qui ne nous ont jamais quittés. Bouboule en bas et moi là-haut. Une fois au lit, on se pose toujours la même question : « Comment s’endormir plus vite que Papa ? » Bouboule, c’est tout vu, dès qu’il se mettra sur le ventre l’affaire sera réglée, mais pour moi, alors qu'avec Farid on a encore élargi notre territoire à vélo, dans la poussière sèche de l’été 81, quarante kilomètres jusqu’à Azay-Le-Rideau, le cul pasteurisé, les cuisses en cours de décongélation, j’aurais dû piquer du nez dans le potage quand Man nous a servi la soupe froide au lait sucré, la préférée de Papa. Farid en a de la chance, il vit avec sa mère, ses deux frères et sa sœur, la belle Nadia. Son père, lui, a foutu le camp. A l’heure qu’il est, sûrement que mon copain dort comme un Duclos Lassalle après un Paris-Roubaix dantesque, en rêvant de notre belle échappée jusqu’au château. Veinard ! Moi, je tiens de ma mère, du genre nerveux ; c’est comme ça. Bouboule est le portrait craché de Papa, qui a une confiance aveugle en l’avenir.

Papa, c'est le Jacques Maillol des apnées abyssales du sommeil. Papa n’a pas de luette, mais un big band de luettes, un bagad qui s’est formé dans les régions australes de sa bouche. Papa recrée chaque nuit le remugle infernal qui prélude éternellement à "l’entrée du Christ à Bruxelles". Cette nuit, Papa deviendra un opéra fabuleux et donnera à la cité entière son concert d’enfer. Et qui aura droit à un fauteuil d’orchestre ? Je vous le donne en mille : son petit chéri, le seul qui ai compris l’art subtil de Papa.



Max Meynier ! Nosferatu des ondes, grand chambellan des mille pattes ! Tous les routiers s’appellent Dédé dans mon jeune cœur. Mon orientation sexuelle a quatre roues motrices. Les eaux troubles n’ont plus aucun secret pour moi. Elles charrient des tonnes de sable des semi-remorques accostés aux quais vaporeux de la logistique du sommeil. La radio de Papa commence à crachoter. Va m’incomber, encore une fois, la corvée de descendre éteindre le poste. Mais avant, et parce que je tiens là ma première occasion de me venger de Bouboule, m’assurer qu’il dort, qu’il ne simule pas, et me pencher hors de mon lit pour lui balancer un premier nounours : le Babar, aussi crasseux que la radio de Papa. Bouboule le prend dans l’épaule. Aucune réaction.


Nunki Bartt "Les petits frères" 2012


« Attention les stations ! » Un petit attroupement s’est formé là, en bas, dans le square, sous notre fenêtre. Nous infusons dans les ultra-violets que l’estran solaire a laissé à l’intention de la nuit, comme une casserole. Papa, dans sa mansuétude, a pris soin de ne pas refermer complètement le volet en laissant passer un peu d'air, parce qu'il ne veut pas que ses petits chéris étouffent. Comme ça, avant de m’endormir, je peux voir, avec ravissement un trait scintillant de lumière !

On a dit cent fois à Papa de changer les piles du transistor ! Cent fois on le lui a dit. Et maintenant, je n’entends plus rien des conversations entre Max et les Dédés, à propos d’un modèle de camion. C’est dommage, Max était justement en train d’engueuler un routier au sujet d’un nouveau mille pattes qui vient de sortir et dont Dédé jure qu’il a le volant entre les mains. Macache, oui ! Max n’en croit pas un mot ! Il était déjà en train d’envoyer promener  Zoulou 18, le routier, chez les papas 22 au moment où on a perdu le signal. En revanche, une autre conversation, bien nette celle-ci, a pris le relais de l’émission de « Max et les Dédés », celle d’un petit groupe stationné trois étages plus bas sous notre fenêtre. Ces voix animées, elles sortent à leur tour du poste de Papa comme par magie ; elles ont remplacé son émission préférée. Je me concentre et je reconnais cette voix entre mille, parmi les cris des filles : c’est la voix de Noxe, l’ennemi juré de Fati. Fati, c’est Jean Valjean, le gentil bandit du quartier, le plus craint, et qui m’a déjà sauvé la vie lors d’une course de caddies qui avait mal tournée. Fati habite l’appartement au-dessous du nôtre, quand il n’est pas en taule. Marmin est là aussi. C’est le meilleur copain de Noxe et le plus débile aussi. Il est la cible constante des filles qui se foutent de lui, en mode mineur, parce qu’il est laid et que leurs rires moqueurs, c’est comme pour le prévenir qu’il n’aura aucune chance avec elles. Ça rigole de plus en plus fort en bas. Ce n’est pas permis de rire comme ça, quand les petits chéris essayent de dormir. Pourquoi Papa ne se réveille pas ? Il les ferait taire lui ! Il en a maté des plus durs… Je pourrais c’est vrai, aller moi-même à la fenêtre, et leur demander poliment d’aller jouer ailleurs, d’aller emmerder d’autres petits, bien loin d’ici, sous d’autres fenêtres que la nôtre. Je pourrais faire ça. Autant me suicider tout de suite. Noxe, c’est le deuxième plus grand caïd du quartier. Une fois, Il a battu Fati en combat singulier (c’est vrai qu’il avait un couteau); il n’aurait de cesse de me traquer partout où je me cacherais pour le simple crime de m’être montré à la fenêtre. Un homme mort en pyjama, voilà ce que je deviendrais. Comme un malheur n’arrive jamais seul, l’été est aussi la période de migrations des Jean Valjean qui partent rejoindre les zones fraîches et humides des maisons d’arrêts, sinon, Fati lui aurait fait payer très cher cette intrusion sur notre territoire et ainsi, le Monde Juste aurait une chance de pouvoir enfin dormir, mais je ne descendrai pas, je n’éteindrai pas la radio de Papa. Il est déjà trop tard. Papa est  dans la place, comme un disque jockey sur ses platines, et ça va faire du bruit… 



Jouez-moi SVP


 A suivre…

 

                                               

 

                                                   

mercredi 10 août 2022

L'été encore et toujours sans jamais en voir la fin !



Numéro spécial : cahiers de vacances !







Alors, Tu t'en vas te dorer la pilule sur les plages bondées, boire des daïkiris à la terrasse des bars de nuit, rouler sur le front de mer en Méhari plage jaune Atacama, avant de tout vomir dans le vide-poche ? Mmm, tu fais bien ! Mais n'oublie pas d'emporter avec toi ton nouveau cahier de vacances dans lequel tu trouveras toutes nos solutions à tous nos problèmes énoncés, comme tu ne l'avais encore jamais imaginé, même en rêve.

 

A vos cahiers !

☝💥


 Ex n°1 : niveau brevet de fin d'études de l'école Pigier, section esthéticienne


"Elle s'était soudainement éprise de Boy George, avant même qu'elle l'ait vu apparaitre à la télé un soir, chez Michel Drucker. Avant, elle ne connaissait que sa voix qui sortait de la petite boite s'engraissant tous les soirs avec nous dans la cuisine, à l'heure du repas. Quand elle a vu sa dégaine pour la première fois sur le plateau de Champs-Elysées, elle est tombée folle amoureuse de lui; aussi sec, dès qu'il a fini son play-back sur "Do You Really Want to Hurt Me". Mais elle ne savait pas dire son nom, hélas : Boy George, ça non, elle n'a jamais pu le dire. Elle l'appelait George Boit, ou Bois, enfin comme elle ne l'a jamais écrit, je le note comme je l'ai entendu de sa propre voix, c'est tout - Oh ! George Boi(t), j'adore George Boi(s), oh ! Il est si bien rasé. 
Quand elle a cru prononcer correctement son nom, mes frères et moi avons mis le temps avant de comprendre de qui elle voulait bien parler, car elle n'était pas foutue de citer ne serait-ce que le titre de cette chanson qui lui plaisait tant. Et des fois même, quand on pigeait que dalle à ce qu'elle nous disait, elle se fâchait. "
                                                                                                              
                                                 Gian Carlo Nono, Une femme sans bagage 


Exercice


A l'examen de ce texte, Trouvez le nom du trouble dont souffre la mère éprise de George B... de Boy George

Est-ce :

- L'anorexie
- L'alopécie
- Les amygdales
- La dyslexie








   

Réponse: elle souffre du complexe de la femme à barbe 






Exercice N° 2 Niveau enseignement technique 


Relie tes serial killers préférés à leur bol respectif et découvre lequel n'est pas d'origine bretonne





Exercice N°3 Niveau prépa école Hôtelière


 Quelle est la boisson qui accompagnera parfaitement un foie de psychiatre aux abois ? 



A - Un verre de lait de brebis
B - Du sang du groupe O-
C - Un Chianti Gran reserva 1989
D - Une Tourtel Twist agrume

                                                                    


      













Réponse: le Chianti développera ses plus fins arômes si le foie est servi "rosé"





Exercice N°4 Niveau prix du conservatoire, classe de composition 


Sifflez un air  de l'un des titres de cet album sans vous moucher du coude

Vous avez sifflé un air qui n'existe que sur le volume 1, par conséquent, vous êtes confiné




Exercice N°5 Niveau BAC PRO lycée agricole

Etudiez cette séquence et anticipez une fin positivante

 


                     








Un candidat (de la filiale agro-alimentaire) a proposé cette solution intuitive 

                 





PAUSE : Apéro 🏄🎈

                                                  

  


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Exercice N° 6 niveau hypocagne


A votre avis : qui a tiré la couverture à lui ?


réponse: " Heu.. j'dirais qu'elle a disparu "




Exercice N°7 Niveau médecine 3ème année, spécialité gynécologie



A - Diriez-vous, comme le professeur André Fouquet, de l'hôpital Cochin, que la profession de gynécologue est une profession : à risque ? Sinon, argumentez


B -  Préférez-vous les teuchas ou les neuchiés ?

C-  Epilez et toilettez  






Pause Déjeuner (1er service) 🐽🍖🍗



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Exercice N° 8 Niveau brevet des collèges (Institution Léon XIII )

- Evoque tes dernières vacances en famille, ta solitude crasse, la découverte éprouvante de ton corps. N'omet rien


Pénitence :Répands-toi, reprends-toi, repentis-toi








Pause Déjeuner (2ème service) 🍗🍘🍤🍅




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Exercice N°9

   






Solution



Exercice N°10 Niveau permis bateau hauturier

Lequel, du capitaine ou de sa poule, a coulé en premier le Costa Concordia le vendredi 13 janvier 2012 ?


?








Réponse : C'est le capitaine Chettino qui a oublié de mettre le frein à main. Mais imaginez que l'accident se soit produit le vendredi 13 janvier 2013




Exercice final (N°11) Niveau Bac du futur : épreuve de streetphilo

Question : Au jour d'aujourd'hui, avec quel bois pensez-vous que les écrivains, ou les artistes en général, se chauffent les meules ?




Vous avez deux heures (temps de la crémation)



Dîner ! (service unique)
🍤🍛🍗🍆🍷🍰



C'est l'heure du daïkiri