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vendredi 15 janvier 2021

La cyber diffusion baxteriène présente : Unicorn 5

 

Un récit d'anticipation de treize épisodes à la douzaine signé maestro & Nunki Bartt



 Cinquième épisode




« Nous avons bien travaillé » pensait Lars Faber. Le direktor commençait vraiment à se persuader que c’était bien son ours Primoz que Chuca avait vu dans son rêve. Faber, qui en avait toujours douté, pouvait  enfin croire, depuis l’expérience de Jasmine sur l’« Athéna », à l’existence des licornes. Jasmine ne savait pas pour autant sur quel pied danser. Mais la question qui se posait maintenant, était : « Où chercher ?  Quelle était cette forêt, et quel était cet étang ou cette étendue d’eau dans cette forêt ? » La petite se préparait pour aller à l’école. Le dessin était resté sur la table et sa présence sur ce qui n’était en fait qu’un guéridon, exerçait un charme troublant sur le trio. Il semblait émettre une force qui les retenait autour de cette petite table, les exhortant à réfléchir, ou plus encore, à se réfléchir, à entrer en eux-mêmes – à se découvrir. Jasmine se replongeait dans le ciel noir, le direktor Papiak se demandait si le rhino, qui ressemblait plus de son point de vue à une vache, n’était pas en fait, Horace, son rhinocéros blanc acrobate. Il allait s’en convaincre quand Gloria, la voisine de palier entra, sans frapper, dans le cabinet de curiosité afin, comme elle le rappela à Faber, d’emmener la petite à l’école. Lars lui faisait confiance, même si elle détestait, encore plus que Papiak, les gamins des amis du docteur. C’est elle, l’amerloque, comme l’appelait gentiment Faber, elle, l’ancienne danseuse de revue du Crasy Horse, puis du Paradis Latin qui, depuis la disparition de Gordon M Baxter et de son équipe, s’était occupée de Chuca, la conduisait à l’école, veillait parfois sur ses nuits agitées, quand Lars allait rejoindre ses copains pour s’arsouiller au Gymnase. Gloria trouvait que cette petite avait du caractère, du cran, autrement dit : du chien. Autrefois, elle avait rencontré sa mère, la « Zizinha Bonita », au Paradis latin. C’est elle-même, Gloria qui avait présenté la jeune danseuse nue au docteur Gordon M Baxter. On connait la suite. Faber, très nerveux (ce qui n’était pas dans ses habitudes), était en train d’enfiler une cravate dont il n’arrivait pas à faire un nœud correct. Il demanda de l’aide à Gloria, quand il se souvint de la seconde nuit des cauchemars de Chuca et ce que l’enfant n’avait cessé de répéter cette nuit-là.





-    Souviens-toi Gloria, je t’en prie, essaie de te souvenir, et redis-moi ce qu’elle criait Chuca dans son cauchemar !

-          Je sais plus moi, elle dit tellement de choses bizarres cette môme, même quand elle ne dort pas.

-          Fais un effort, c’est important, très important ! Allez l’amerloque, dis-nous ce qu’elle répétait dans son rêve.

-          SI tu me prends par la douceur… but don ’t move, sugar !

Gloria s’était avancée à l’intérieur du cabinet. Elle se rapprocha et remarqua le dessin de Chuca sur le guéridon. Elle s’en saisit car elle n’avait jamais vu de dessin d’enfant auparavant. Elle l’observa attentivement, et se projeta, comme si elle y était, dans cette nuit-là.

      « - Ithaque, ou plutôt non, non, Itar, oui c’est ce qu’elle répétait sans arrêt, Itar ! 



Faber embrasa fougueusement Gloria sur les lèvres et gravit en deux enjambées les six marches de la passerelle qui conduisait à la chambre de Chuca qui s’était emparée d’une grosse brosse et essayait d’éteindre le feu dans ses cheveux, lesquels, il faut bien le dire, rappelaient étrangement la crinière d’un lion immature. Le tuteur prit sa pupille dans ses bras.

-          Chuca, carinha, puis-je te demander un service ?

-          Sim tonton Lars, à condition que tu peignes mes cheveux.

-          Tout ce que tu voudras ! (ses mains s’enfouirent dans la crinière) Dis, consentirais-tu à me prêter le petit tipi que papa t’avait offert pour Noël ?

-          Le tente de Kiki l’indien ? Qu’en feras-tu ?

-           J’en ferai un refuge.

-          Oh ! tu peux la prendre. Elle est bien trop petite à présent si je dois parcourir le vaste monde pour retrouver papai. M’emmènes-tu avec toi oncle Lars ?

-          Non, tu ne dois pas manquer l’école. Et puis c’est trop dangereux pour uma garotinha. Tu vas rester habiter avec Gloria. Tu l’aimes bien, dis ?

-          Oui, elle est marrante l’amerloque. Est-ce que tu emmènes Jasmine avec toi ?

-          Bien sûr, elle est venue depuis son pays lointain pour ça, pour me suivre.

-          Et le vilain senhor Paprika aussi, y vient ?

-       Ne lui en veux pas trop Chouquette, il vient de perdre tous ces animaux. Il est encore sous le choc. Le cirque va sans doute fermer, il n’a plus rien au monde, car son ours aussi a disparu. Imagine un seul instant que tu perdes d’un seul coup tous tes camarades de classe ; tu serais triste n’est-ce pas ?

-          Tu parles, ça serait bien trop beau tio Lars. Todos idiotas !

-          Ne dis pas ça ! Ce n’était pas le bon exemple.

-          Alors toi aussi tu veux disparaître, comme papai, comme o senhor Kaplic, et comme o senhor Bartt ?

-          Pourquoi dis-tu ça ?

-          Parce que vous aussi, vous êtes trois.


 



Le groupe baxter peu avant sa disparition


A SUIVRE …

lundi 4 janvier 2021

La cyber diffusion baxteriène présente : Unicorn 1

 


Un récit d'anticipation de treize épisodes à la douzaine signé maestro & nunki Bartt
                                                                                                                      


Premier épisode


I

Les visiteurs

 

c’

est, à ce qu’il paraît, en l’espace de plusieurs nuits que les transurbences se sont répétées, au cours de processions chaque fois plus importantes. Une fois, le veilleur de nuit d’un hôtel a cru apercevoir un petit groupe de canis lupus faméliques, qui louvoyaient aux abords du métro Mouton Duvernet. Une autre nuit, c’est un livreur à vélo de chez Uber eat© qui jura ses grands dieux avoir croisé, à 4 heures du matin, une troupe de fauves, des lions ou des tigres (il ne sût pas les distinguer), affirmant qu’ils se déplaçaient rapidement, mais sans courir, en direction d’Issy ou d’Ivry. En tout cas il est certain qu’ils quittaient la capitale. 


« Les villes sont de villes bordées de nuit et peuplées d’animaux qui marchent sans bruit… » Il y eut bien, au début, quelques inconscients pour les détourner, ou pour les contenir, en tentant de les capturer avec des méthodes inadaptés, voire suicidaires. On peut dire que ceux-là eurent beaucoup de chance, car les bêtes ne s’en soucièrent pas plus qu’un poisson d’une pomme. « Toujours dans votre dos, la peur vous suit… » Mais, au cours de la troisième nuit, alors que les gens, terrorisés, restaient cloîtrés chez eux, des snippers isolés commencèrent à les tirer au coin des rues, faisant parmi elles de nombreuses victimes. C’est à la suite de cette nuit meurtrière que le Préfet de police de Paris instaura le couvre-feu, interdisant formellement, sous peine de déportation à la ménagerie de Vincennes (désormais vidée de ses pensionnaires), de s’interposer puisque, de toute évidence, les animaux ne présentaient aucun signe de comportement, comment dire, « hostile ». Quand la onzième ou la douzième nuit, les grands mammifères herbivores emboîtèrent le pas des prédateurs, lors d’évasions toutes aussi mystérieuses que spectaculaires, l’éthologue et poète Lars Faber (surtout le poète), supposa qu’en s’évadant des parcs, des réserves, des abattoirs, des zoos, et bientôt des cirques, les animaux nous fuyaient afin de s’affranchir de notre triste réalité.

                                               


      

 Lorsque vous m’avez téléphoné, hier au soir, Monsieur le direktor Papiak, je ne voulais pas y croire, mais je ne serais pas honnête avec vous si je vous disais ne pas connaitre les raisons de votre affolement…

-  Une affaire considérable Faber, pour le monde entier et pour le cirque en particulier, vous verrez, on en reparlera !

-  Essayez de vous calmer Monsieur le direktor, et asseyez-vous, je vous en prie. Racontez-moi, racontez comment c’est arrivé, depuis le début.

- C’est une catastrophe ! Mes hommes et moi-même n’avons pas encore fait l’inventaire complet, mais je suis en mesure de vous dire que 60% de mes animaux m’ont été volés ou ont disparu. Il ne reste que les chiens et les chats du personnel, ainsi que les reptiles de la contorsionniste bhoutanaise, quelques inséparables dans leur cage, qui eux ne sont pas partis, et on se demande bien pourquoi…

-  Et votre ours danseur comique ?

-  Hélas ! Envolé lui aussi !

Faber s’était levé et dirigé vers la fenêtre, soit pour y prendre l’air, soit pour s’y pencher. Il montrait des signes d’impatience.

- Vous ne dites rien Faber ! Ça vous la coupe, hein, ou bien on jurerait que ça vous ne surprend pas ! A croire que mon histoire vous laisse indifférent…

-  Je suis désolé Monsieur le direktor. Quelle heure avez-vous ?

-  Eh ! bien, il est déjà cinq heures, pourquoi? 

-  Vous devez avancer, moi j’ai moins cinq

-  Ma montre, Pan Faber, est réglée sur l’horloge de l’observatoire royal de Greenwich depuis trente ans. Elle me vient de mon père, le général.

- Je vous demande pardon. Vous savez que j’avais une très grande admiration pour votre père, le général, le fondateur du Cirque Aram Papiak© ! Enfant, mon père m’emmenait voir le plus grand cirque du monde, quand il s’installait pour un mois, à Berlin ouest. Des générations entières de gamins ont vu les exploits d’Horace le rhino, et de Primoz, l’ours clown et danseur étoile.  Mais elle ne devrait plus tarder à arriver à présent…

-  Qui ça, attendez-vous une autre personne ?

-  Oui, et elle m’a promis d’être ici à cinq heures tapante. Depuis que je la connais, je ne l’ai jamais vu arriver en retard à un rendez-vous.

-  Et d’où sort-elle ?

-  De Montréal, mon cher   

-  Kurwa mać !

Au 1534 boulevard Saint Laurent à Montréal, comme au 28 boulevard des Italiens dans le 9ème arrondissement à Paris, on  peut trouver deux commerces de bagages et d’articles de maroquinerie, dont la ressemblance, à l’exception des enseignes, est stupéfiante. Bien qu’il ne s’agisse pas de franchises internationales, on peut recenser, d’un côté du monde comme de l’autre, les mêmes entassements de sacs à mains, les mêmes valises trolley d’une solidité à toute épreuve, encombrant le trottoir, cette fois encore, d’une largeur similaire, ici comme là-bas. Rien ne diffère à première vue dans l’aspect de ces deux boutiques. Le jour de ses 18 ans, Jasmine Tremblay, étudiante à l’Académie de danse de Toronto, entre « Aux belles voyageuses » au 1534 boulevard Saint Laurent en compagnie de sa tante Myriam, qui a insisté pour lui offrir ce sac « week-end » du tonnerre, en  basane blanc. Alors que la tante Myriam est occupée à discuter du prix en espérant obtenir un spécial, Jasmine entend au fond du magasin un bruit irréel. Sans hésiter, elle s’aventure jusque dans la réserve, d’où il semble provenir. La réserve, étant plongée dans une obscurité totale, elle se heurte à des boîtes de marchandises qui encombrent le plancher. En caressant les murs, elle pense avoir trouvé l’interrupteur, quand elle saisit un levier rouillé qu’elle abaisse accidentellement en perdant l’équilibre, dérangeant un monte-charge obsolète. Le bruit irréel s’intensifie en lieu et place du monte-charge. Le bruit est blanc. Elle embarque presque machinalement sur la plateforme, poussée par une irrésistible curiosité. Le monte-charge s’ébranle et descend, à ce qu’elle croit, au deuxième sous-sol. Quand la machine s’arrête, elle voit jaillir du fond du magasin une lumière éblouissante, qu’elle prend pour les néons violents d’une des nombreuses entrées du Reso, la ville souterraine de Montréal. Elle traverse encore tout le magasin sans trouver la tante Myriam ni la vendeuse, mais une autre vendeuse et d’autres clients. Une fois dehors, déconcertée, elle est sur le trottoir devant le « Bonjour Paris !», au 28 boulevard des Italiens. Déjà, au coin de la rue, un homme, qui n’était plus de la folle jeunesse, l’observait. Il lui souriait, entonnant les quelques paroles d’une chanson : The safe way is the only way. Cet homme, c’était Lars Faber.





-  Pourquoi n’iriez-vous pas ouvrir, Medved ? C’est pour vous, je crois.

-  Comment ça pour moi ? Avec vous, il faut s’attendre à tout, n’est-ce pas Faber ?

Papiak n’en croyait pas ses moustaches. Face à lui, sur le pas de la porte, avec pour tout bagage, son vieux sac week-end en basane blanc, Jasmine Tremblay, danseuse vedette des « Grands Ballets du Canada de Montréal » lui souriait, en mâchant du chewing gum.

- Alors, c’est vous panna Tremblay, celle qui peut traverser l’atlantique comme on traverse la rue ! Gówno, comment diable est-ce possible ?

- Il suffit de suivre la piste du cuir, monsieur le direktor. A ce propos, comment va Primoz, mon nounours préféré ? Danse-t-il toujours comme un dieu ? Vous ne répondez pas ? Vous m’inquiétez, Medved ! Ne me dites pas …



A SUIVRE